• Rien n'était dû au hasard
L'intérêt, aujourd'hui comme hier, de la maison à colombages et torchis, c'est qu'elle pouvait et peut
encore être édifiée par son propriétaire lui-même avec la seule aide d'un charpentier et en utilisant
pratiquement aucun matériau qui ne puisse être fourni par son domaine.
L'ossature d'une telle demeure est dressée sur une assise de pierres d'origines variables selon les
gisements naturels; il peut tout aussi bien s'agir de silex, de craie, de roussier ou de granit qui
fut utilisé abondamment jusque dans les ouvrages les plus modestes, y compris en bordage de champs.
Sur ce muret, dont l'assemblage de matériaux ne devait rien au hasard ou à la fantaisie mais à une
connaissance profonde des coupures nécessaires à la lutte contre les remontées d'humidité, s'élévent
les colombes. Ces colombes étaient à l'origine très rapprochées les unes des autres: la tradition
voulait que les pleins soient égaux aux vides. Ensuite, par un souci d'économie, - le bois étant moins
abondant - il fallu les espacer davantage. Entre ces colonnes on bouchait les vides avec du torchis:
un mortier tassé fait d'un malaxage de terre grasse et de foin haché ou de paille longue d'orge additionnée,
selon les endroits, d'ingrédients divers tels que graviers, chaux ou bouse de vache.


• La technique du hourdage
Le torchis d'entre-colombages, ou "hourdage", en léger retrait des pièces de bois devant demeurer à
l'air libre, est scarifié ou piqueté pour que les deux dernières couches de finition, de plus en plus
fine en granulométrie des sables utilisés, s'y accrochent durablement.
• L'entre colombes
Dans la construction à pan de bois, le remplissage entre les colombes était fait, soit de rustique
torchis, soit de briques et tuileaux, soit encore d'un assemblage de ces divers matériaux.
Tous ces hourdages étaient et doivent demeurer liaisonnés au seul mortier de chaux.
• Huile de lin
Tout ceci était excessivement technologique, l'argile formant la base du mélange, le foin ou la paille
son armature, la chaux ou la bouse, son liant et les petits cailloux le stabilisateur de l'ensemble.
L'écartement entre les colombes s'agrandissant, il fallut procéder à un clayonnage intermédiaire:
dans les faces latérales des pans de bois, on pratiquait des trous ou venaient à force s'insérer
des éclisses à la manière des barreaux d'une échelle; là ou de trop longues portées auraient risqué
de provoquer une faiblesse de la paroi, on intercalait un pan de bois intermédiaire de section plus
faible que les colombes, souvent disposé obliquement, sur lequel les éclisses prenaient appui et qui
disparaissait ensuite dans l'épaisseur de la maçonnerie.
Le grossier torchis - ou hourdis - de remplissage était de moindre épaisseur que les colombes: en retrait
d'une vingtaine de millimètres de la surface des pans de bois, il recevait, après séchage et bouchage
des retraits constatés puis sa scarification ou piquetage pour qu'il s'y accroche, un parement de
finition, mortier aux éléments beaucoup plus fins, ça et là incorporant des poils de vache ou crins de
cheval, à l'extérieur. A l'intérieur, l'enduit de finition était tantôt chaulé, parfois fait de plâtre
ou de craie pilée. Sur leurs faces internes et exterieures laissées à l'air libre, les pans de bois
étaient (et c'est toujours la meilleure des protections qu'on puisse leur assurer) badigeonnés à l'huile
de lin, vierge et tiède qui les nourrissait et les protégeait des attaques parasitaires.

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